Réponse au rapport "Y-a-t-il une place pour l'hydrogène dans la transition?"

Etienne Beecker, de France Stratégie, vient de publier un rapport sur la place de l'hydrogène dans la transition énergétique en France (http://www.strategie.gouv.fr/publications/y-t-une-place-lhydrogene-transition-energetique). La conclusion de ce rapport préconise d'arrêter de subventionner les déploiements des applications hydrogène énergie et de concentrer les financements sur la R&D des électrolyseurs, de façon à pouvoir bénéficier dans le futur d'un hydrogène décarbonné rentable pour les applications d'énergie. Si la conclusion est tout à fait compréhensible, dans le contexte actuel où le gouvernement français doit concentrer ses investissements, le corps du rapport décrédibilise la filière hydrogène énergie en France et dans le monde, par sa présentation et par des faux arguments.
L'Afypac (agence française pour l'hydrogène et la pile à combustible) a recensé ces mauvais arguments et les manquements scientifiques de cette note:
Aussi Pascal Mauberger, président de l'Afypac a répondu sur France Culture:

En tant qu'acteur de l'hydrogène énergie, et pionnier des déploiements de piles à combustible pour les flottes captives de chariots élévateurs en Europe avec la co-entreprise HyPulsion entre Air Liquide et PlugPower, je me devais de réagir aux points suivants du rapport:

1/ La première phase du rapport fait référence à  l’incendie du zeppelin Hindenburg en 1937 et met l'accent en premier lieu sur le problème de la sécurité hydrogène. Dans le corps du rapport, les dangers liés à l'hydrogène sont détaillés. Mais l'auteur n'évoque à aucun moment les avantages de l'hydrogène par rapport aux autres combustibles (très léger il s'accumule très difficilement, il n'est ni nocif, ni polluant) et  la façon dont l'hydrogène est maîtrisé (grâce aux technologies de capteurs H2 et aux systèmes de stockage et d'acheminement de gaz sous pression). Il n'évoque pas non plus l'absence d'accident constaté sur les différentes applications déployées dans le monde depuis des décennies (voitures, chariots élévateurs, piles à combustible, électrolyseurs...). Aux Etats-Unis, il y a plus de 1,8 millions de remplissage en H2 à 350bar par an par les chariots élévateurs. Il ne dit pas que c'est un combustible qui présente des risques comme tous les autres combustibles, et des mesures de prévention des risques adéquates.
Les allemands ont compris la maîtrise de la sécurité de l'hydrogène et n'hésite pas à déployer des stations H2 en pleine ville (Münich, Hambourg). (exemple: station H2 Vatenfall à Hambourg et chariots élévateurs).


Cette mauvaise présentation d'Eric Beecker fait peur au grand public et ne peut que ralentir l'émergence de cette énergie qui permettra à nos villes et à nos campagnes de ne plus être polluées par les voitures à essence.

2/ Il affirme que si la chaîne hydrogène est technologiquement mature ("ils ont fait preuve de leur viabilité technique") , celle-ci n'est pas économiquement mature " le véhicule à  hydrogène ne semble pas en mesure de concurrencer ses équivalents thermique ou électrique avant  des années, voire des décennies. »

Il est certain que la chaîne hydrogène énergie est encore chère, car les volumes d'application sont encore faibles. Si il n'y a pas d'efforts faits pour aider les déploiements pionniers, qui pourront faire effet de levier pour des déploiements plus importants, jamais cette énergie ne pourra être déployée.
Alors qu'il y a des leader mondiaux dans ce secteur en France (Air Liquide, Mc Phy, CEA..), pourquoi militer à travers ce rapport pour que la France ne soit pas un acteur important pour faire progresser l'hydrogène et en obtenir ses bienfaits? Pourquoi vouloir accentuer notre retard dans ce secteur par rapport aux Etats-Unis, l'Allemagne et le Japon?


3/ Il annonce que la voie du "renewable to hydrogen gas" comme une façon de lisser les surproductions d'électricité renouvelables est une voie temporaire, qui bénéficie des tarifs actuels très bas de l'électricité, de la mauvaise maîtrise du développement des énergies renouvelables et que cette situation n'est pas durable.
Ce point de vue est clair, mais quelles sont les solutions actuelles autres que l'hydrogène qui permettront de palier au problème du stockage de façon plus performantes que les batteries, sans construire plus de barrages hydrauliques? Si aujourd'hui, les solutions alternatives ne sont pas aperçues clairement, pourquoi décrédibiliser l'hydrogène qui est une solution actuelle concrète ?